INTERARTIEL?

Cette section, se veut le lieu de la convergence. Celle des rencontres des «disciples-in» dans l’art d’intégration des différences... Mme Monique Brunet Weinmann en 1967 propose INTERARTIEL pour définir ce lieu commun multidisciplinaire. Cet espace est ouvert à l’essai, tout médium confondu.

 

 

Quand la verve s’associe à la grâce pour ponctuer le rythme

/05 avril 2009

Pellan, Dallaire, Lemieux, Le Sauteur, Letarte : des Langages qui dévoilent un univers pictural authentiquement québécois, et une présence du peintre Henri Matisse dans cette partie de l’histoire de l’art du Québec. Cette présence s’exprime dans ce registre d’expression plastique qui affirme l’élégance d’un «faire» stylistique, cette manière où se manifeste un phénomène esthétique spécifique dans la structuration de la surface picturale.  Je veux parler de l’usage des fragments découpés. Même quand la forme constituée dans le champ pictural est véritablement peinte; il reste que le concept qui en est à la base et l’idée formelle puisent dans cet élan innovateur qui remonte à Matisse.

Ce parcours du processus créateur relevant strictement du domaine de la peinture s’élabore autour de la notion d’affirmation du plan pictural avec d’autres moyens que l’intervention directe à l’aide des outils notoires de la peinture : crayons, pinceaux, spatules etc. Le point de départ vers ce comportement innovateur passe par l’outil que constitue les ciseaux. Toute une révolution des moyens notionnels va se révéler dans cette tendance à fragmenter la surface pour la reformuler dans une nouvelle mise en scène ou les termes de juxtapositions et de superpositions, entre autres, deviennent prépondérants vers  ce cheminement créateur qui va énormément contribuer au renouvellement de la peinture.

Nous allons nous efforcer de décrypter une espèce d’identité picturale proprement québécoise dans la manière d’évocation de cette présence stylistique. Une manière de construire où le plaisir reste le moteur par excellence dans l’acte premier de peindre; et, l’exaltation qui s’ensuit dans le processus d’expression et d’exploration de la matière.

Ce plaisir de peindre est celui d’un comportement que l’intelligentsia de la peinture et les théoriciens essayent d’évacuer depuis l’émergence de la modernité jusqu’à aujourd’hui… et ce, au profit d’un comportement qui va permettre la résurgence dans la matière des états de notre être qui participent d’un système qui opère par delà la volonté et le désir de rendre la beauté en l’occurrence. Il est vrai que cette poétique fonctionne dans un autre ordre de rapport avec le système libidinal. Une réalité qui autorise le transfert direct de l’émotion dans la matière.

Comment une identité de structure purement québécoise arrive-t-elle à se réaliser dans ce parcours? C’est ce que nous nous proposons de démontrer dans notre hypothèse. Cette identité s’instaure dans un comportent spécifique et l’usage de la forme et la couleur. Une démarche qui progresse dans un style d’expression qui nous permet d’inclure même Borduas dont les préoccupations intellectuelles et spirituelles diffèrent totalement en ce qui a trait à notre proposition qui se réfère à un autre ordre de préoccupation : celui de l’émerveillement et l’exaltation.

Les artistes au Québec dont les œuvres m’ont grandement inspirées dans la constitution de cette hypothèse identitaire expriment dans un langage tout à fait personnel, il faut le dire, les éléments de cette structure d’une identité locale qui permet d’évoquer cette similitude dans la manière d’organiser la surface en plans «découpés» dans une économie de moyen et d’éléments picturaux.

Plus proche de Pellan cependant, le premier québécois à s’être imposé sur le territoire culturel… français (Notons que cette affirmation de Pellan en France précède celle de Riopelle qui pourtant va devenir le premier peintre Canadien internationalement reconnu.) cette identité picturale que nous nommons un «Réalisme merveilleux» exalte la  plénitude  dans la liberté d’action et de créativité!

Retour au Québec, Pellan le messager d’un souffle nouveau

Peut-on se demander s’il y aurait «Refus Global» sans la sortie de «Prisme d’Yeux» en Février 1948? Sans aucun doute! Borduas amplifie à sa manière cette verve exprimée par Pellan notamment dans ces fameuses gouaches de 1942. Fallait-il s’en tenir à la peinture pour ce qui regarde les conséquences pour Borduas : Le Prisme d’Yeux reste négociable dans les deux registres sociopolitiques et culturels. Mais pas «Refus Global».

Artistiques, intellectuels et spirituels tels sont les aprioris qui président dans l’idéologie Borduasien et qui font consensus chez les 15 signataires multidisciplinaires. Si les conséquences ont été fatales pour Borduas, l’on peut supposer que l’incidence du Refus Global lui a permis notamment de découvrir l’expressionnisme abstrait; New York, la nouvelle plaque tournante de l’art internationale fut la nouvelle conquête pour Borduas. Ce qui a été bénéfique pour sa production post 1937. L’on comprend également que Borduas va reconnaître dans cet univers le plein accomplissement des notions d’éveil des sens, les idées rêvées pour se libérer des armures de l’église et de tout académisme.

Essayons de voir la manière de constitution de l’identité américaine dans cette adéquation de la pensée surréaliste et l’émergence d’une volonté d’affirmation de la personnalité dans la matière. Et ce, vers la constitution de ce nouveau lieu de l’identitaire Postmoderne ou de l’interaction directe des forces intérieures en effervescence. Proposer la matière pour ce qu’elle est fut une évidence et, a soudain donné lieu à un consensus sans précédent entre artistes et critiques. L’identité et la relation au monde sont les seules occurrences de la peinture. (C. Greenberg).

Un état de fait qui permet de prendre conscience d’un phénomène : la peinture comme toujours reste un lieu de la matérialisation de quelque chose de signifiant… dans l’expression de l’identité dans la matière; cette révélation l’est autant pour l’individuel, que le collectif et le régional. New York et Expressionnisme Abstrait; Paris et Abstraction lyrique; Montréal, Automatisme et Prisme d’yeux; maintenant cette autre mouvement subtil et non systématique qui se glisse d’avantage dans le prolongement d’un mouvement comme Prisme d’yeux plus ouvert et libérateur dans la pluralité des avenues qui s’y rattachent.

De multiples trajectoires qui donnent à voir la complexité de l’être humain appelé à composer avec les différences de l’autre et l’univers qui séparent leurs articulations et leurs états d’êtres.

Pour revenir à notre propos, notre identité régionale et québécoise découverte dans les œuvres de Dallaire, Letarte, Le Sauteur évoque bien cette notion de formes découpées similaire aux gouaches de Matisse. La particularité de cette surface consiste en une surface peinte qui à posteriori évoque ce type de structure. Ce détail se confirme dans l’affirmation d’une couleur intense même s’il faut considérer celle-ci comme étant négligeable dans le fondement de l’argumentation comme telle.

Une joie de vivre

Le propre, en fait, de cette peinture qui tend à rendre les aspirations d’un sujet visant une certaine narration, dans le genre d’un conteur plus que celui d’un narrateur. Soit le propos du poète qui dit une vérité et une beauté toutes personnelles.

L’œuvre de Jean Letarte nous met sous les yeux ce moyen d’atteindre à ce plaisir de la couleur dans l’ambiance rythmique de la composition. Une manière de faire et de voir qui le relie à ces peintres que des décennies séparent. Un mode de pensée qui évolue loin des idéologies et l’endoctrinement conceptuel.

Si la surface automatiste propose un plan où la forme et le fond tendent à s’interpénétrer dans l‘univers borduasien par exemple, cette peinture qui regroupe des artistes dont l’Œuvre se situe directement dans l’interstice : temps et espace épousent une finalité de la peinture qui dresse une autre perspective supplémentaire ouverte à l’innovation des formes que génèrent cette interaction.

Un système de transmission de l’émotion où l’identité s’affirme envers et contre tous; ou les considérations sociales n’ont aucune prises que celles que le pouvoir transcendant que ce comportement qui résulte en la synthèse de plusieurs mouvements picturaux. genre de déterminisme que l’on retrouve même dans les caraïbes. Lesquels affichent, dans leur production, une grande autonomie et une expressivité dans la structure profonde; et sur le plan picturale. Et qui se révèle d’une grande noblesse dans la manière d’abstraire et d’idéalisation de la forme.

Chez le Sauteur, la couleur est triomphante et grandiose tout en introduisant un caractère ludique dans l’organisation des formes. Tantôt cette organisation confère une atmosphère plutôt spirituelle à la composition qui continue de révéler la présence des fragments découpés mais dans un espace paysagiste pour ce qui se réfère au langage de Le Sauteur. Qui à sa manière reste, à coté de Lemieux, une figure emblématique du paysage au Québec. Lemieux, un langage singulier et plastiquement pour évoquer le paysage.L’espace Lemieux est devenu un fait culturel: cette manière de proposer les plans horizontaux.

Notre esprit s’émerveille devant autant de moyens pour construire une personnalité et langage. Du même coup, la voie est ouverte à l’instauration de parcours historique où il est loisible d’entrevoir un état d’être et de civilisation de l’ordre de l’identitaire. Un mouvement pictural qui laisse la trace d’une culture et celle d’une région : le Québec.

L’œuvre de Jean Letarte émane donc de cet univers de langage. Elle affirme l’ineffable dans une identité de structure où le matériau qui trône au premier chef demeure également la couleur; et solidairement fait un clin d’œil à ces grand-maîtres. Un parcours qui d’emblée donne à voir une poésie de l’image que l’artiste seul est en mesure de camper sous nos yeux et surtout dans l’épine dorsal; afin d’évoluer au même diapason que les créatures de rêve issus de ces univers inaccessibles. Des être de matière dont l’existence performe d’autant plus qu’elle s’auto génère dans une formule discursive ou la primauté est octroyée à l’innovation plastique; une situation d’intervention de l’artiste où l’on assiste presque au devenir des choses dans le cheminement créateur. À partir de cette observation, il devient de plus en plus évident que le retour récurrent de certains lieux, d’une certaine mémoire collective que constituent ces grands moments de l’expérience humaine de l’expression artistique participent de cette nécessité intérieure pour reprendre le terme de Kandinsky. Ce rapport à soi qui n’a plus qu’à se référer à partir de ses propres ressources internes.

Letarte puise dans ses racines (Dallaire, Pellan, Lemieux) afin de parvenir à le dire à sa manière. La Peinture, elle puise dans sa mémoire (Matisse) pour raffermir les fondements et donner le ton, le rythme véridique.

 

2 Juin 2010

Après avoir rencontré l’oeuvre  et l’artiste Moinique Danis, sa phase lV en particulier j’ai découvert un élément qui confirme ma théorie tout en apportant une nouvelle lumière et cette manière d’orchestration de la surface picturale qui mène sur cette espèce d’incontornable, en terme de résultat. Avant d’aller plus loin je me donne le temps de découvrir d’autres oeuvres de cette «Phase lV» avant de conclure...

 

 

Léonel Jules, écrivain et artiste peintre
 

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